Résidence en Aveyron "La Musique, est-ce votre passion ?"Publié le 1 mars 2014 à 18:00

Résidence en Aveyron

 « La musique, est-ce votre passion ? »

Telle est la question que bon nombre d'enfants des écoles aveyronnaises nous auront posée lors de notre résidence en cette si belle région de France.

Du 17 au 26 février nous étions les heureux occupants du Vieux-Palais d'Espalion, charmante ville qui a comme des airs de décor de théâtre. Nous nous sommes très vite sentis familiers de notre «petit» château Renaissance... D'un côté nous pouvons admirer le très élégant Pont-Vieux laissant passer fièrement depuis dix siècles les eaux du Lot sous ses quatre élégantes arcades de gré rouge. De l'autre côté, l'étonnante statue du scaphandrier semble vouloir protéger le château d'éventuels envahisseurs, tout en ne se lassant pas, comme nous, de rêver au gré du courant de la rivière.

17 février, Nous arrivons d'Arles, où nous avons eu l'immense plaisir de jouer le merveilleux quintette de Schubert avec Henri Demarquette. C'est donc encore sous l'émotion du concert de la veille, que nous posons nos bagages à Espalion, pour vivre de nouvelles aventures.

18 février, Grande journée de rencontre avec tous les enfants du primaire d'Espalion.

Notre désir, pouvoir leur faire découvrir la musique sous un jour nouveau, leur apprendre à en découvrir le sens et leur donner le goût pour ce langage universel qui peut s'identifier aux sons de la nature, exprimer des ambiances, représenter une conversation, des sentiments, des idées... et franchir aisément les frontières de l'univers des mots.

Nous sommes frappés par la très belle préparation faite en classe par les maîtres et les maîtresses avant notre venue. Les enfants sont très fiers de pouvoir répondre à nos différentes questions. A l'issue du dernier atelier, une maîtresse émue nous confie qu'un de ses élèves, qui s'enorgueillissait quelques jours auparavant de détester la « musique classique », a montré un extrême intérêt pour notre prestation et qu'il a été le roi des questions !

Nous rentrons au Vieux-Palais un peu fatigués par les longues séries d'autographes, mais heureux d'avoir pu faire partager notre passion.

 19 février, Dans la capitale aveyronnaise.

Le matin, un interview en direct à Radiotemps-Rodez. Un très beau moment d'échange avec Jean-Pierre Alexandre, animateur passionné et passionnant, Alain Jehu, directeur du CRD de Rodez, Magalie Lacoste et Jean-Marc Aumeras de l'Association du Vieux-Palais.

Puis une rencontre avec les élèves (principalement du département « cordes ») du Conservatoire. Et là, il s'agit d'un partage dans le sens « musical » du terme car nous jouons au sein même de l'orchestre le temps d'une répétition et d'un concert dans le bel auditorium du Conservatoire. Une expérience peu commune, mais que nous pratiquons déjà très régulièrement à Coulommiers. Alain Jehu a eu la très belle idée d'initier les élèves au langage de Bartòk dont nous jouerons deux quatuors lors de nos prochains concerts, en adaptant certaines de ses Pièces pour enfants à l'orchestre. Des pièces pas si simples... mais Alain Jehu nous confie que la préparation de cette rencontre a été une source de motivation incomparable. Nos petits partenaires sont très à l'écoute, extrêmement concentrés, et vivent pleinement ce moment, aussi fort pour eux que pour nous. En deuxième partie de concert, nous présentons certains des quatuors que nous jouerons dans les jours qui viennent.

Un moment fort donc, que nous espérons revivre un jour.

20 février, Villefranche-du-Rouergue, ville natale de notre arrière grand-père.

Nous découvrons son très beau théâtre : "c'est le plus beau théâtre de l'Aveyron", s'enorgueillissent tous les habitants de la ville ! L’édifice adopte le modèle du théâtre à l’italienne. Le parterre en forme de rampe permet une visibilité et une acoustique parfaite. Le balcon quant à lui est en forme de fer à cheval. Charmés et mis en confiance par l'ambiance chaleureuse qui se dégage naturellement de la salle, nous recevons à 18h30, des élèves du Conservatoire. C'est un public de tout âge. Il faut donc que notre prestation suscite l’intérêt des plus jeunes comme des plus âgés. « Susciter l'intérêt », voilà un vaste programme dont nous avons toujours peur de ne pas être à la hauteur avant de commencer. Mais voilà que la passion est notre bonne fée et que le temps passe bien trop vite quand nous sommes dans le vif du sujet !

Petite pause, et le concert commence. Avec le Quartettsatz de Schubert, le 2ème Quatuor de Bartok, et le Quatuor op. 59 n°3 de Beethoven, nous aurons pleinement profité de cette très belle salle chargée d'histoire et marqué une première belle étape à notre parcours en Aveyron.

21 février, Aurillac.

Savez-vous qu'Aurillac est la capitale française du parapluie ? Et bien, c'est justement au Parapluie que nous avons donné notre deuxième concert. Un lieu de résidences artistiques et de créations qui souhaite accueillir depuis peu des concerts. Une salle toute de béton avec des armatures de fer en forme de... parapluie. Une salle dont l'austérité peut être finalement un atout, et dont l’acoustique a charmé tant les musiciens que le public.

Dans l'après-midi, ce sont 140 enfants qui sont venus jusqu'à nous et qui comme toujours, une fois la timidité vaincue, ont mille et une questions à nous poser.

22 février, Espalion.

Cet après-midi, nous recevons les musiciens de l'école de musique d'Espalion chez nous... enfin, au palais ! L'ambiance est très familiale.

Les extraits que nous proposons du 4ème Quatuor de Bartòk ont un franc succès. La technique du pizzicato, très présent dans la musique de ce compositeur suscite de grands questionnements. Autour d'une incontournable fouace, les échanges vont ensuite bon train, surtout avec le directeur, Frédéric Bonnet, originaire de la même ville que nous.

Bien que située à quelques kilomètres seulement d'Espalion, nous ne découvrons l'église Saint Pierre de Bessuéjouls que dans la soirée. Un petit joyau d'art roman, dans un écrin de verdure. Cette petite église est loin d'être la seule merveille de la région... Mais dans celle-ci nous aurons eu la grande émotion de pouvoir laisser raisonner notre art, transportés par une architecture aussi belle que humble.

23 février, Journée de repos, et journée baignée de soleil !

Nous profitons de la richesse (surtout architecturale) de cette magnifique région qui nous aura offert de grands moments de méditation, source d'inspiration indispensable à nous, artistes.

24 février, Rencontre des 70 enfants de l'école primaire de Saint Amans des Côts.

Dernière rencontre de notre résidence dans une petite école de village... Quels sentiments peuvent habiter des musiciens après une telle semaine de travail ?

D'un côté, un sentiment de bonheur d'avoir pu faire découvrir à tant d'enfants l'univers du quatuor à cordes. Certains auront l'envie d’approfondir cette découverte et seront peut-être notre public de demain. Une vrai passion naîtra peut-être chez d'autres.

De l'autre, un sentiment de découragement qui pourrait facilement nous abattre. 500 enfants, ce n'est pas beaucoup si l'on se met à compter toutes les écoles françaises !

Mais tant de maîtres, maîtresses, professeurs, adultes et enfants nous auront témoigné de la valeur que peuvent représenter pour eux ces rencontres, qu'il n'est pas question de baisser les bras. Aujourd'hui plus qu'à toutes les époques, il est important de se rappeler que la qualité est plus fructueuse que la quantité...

25 février, La Grange de Floyrac.

Magnifique point d'orgue à notre tournée. Une grange, peut-être, mais si noble avec son appareillage de pierres, son haut plafond voûté, sa merveilleuse acoustique. Ce soir sont au rendez-vous de nombreuses grandes personnalités de la vie politique, éducative et culturelle de l'Aveyron. Un très grand merci à la propriétaire du lieu de nous avoir permis de vivre un si grand moment en belle communion avec un public très à l'écoute et chaleureux.

Le retour au Vieux-Palais se fait sous la neige... le paysage est féerique. Mais Magalie, sans qui notre si belle tournée n'aurait pu avoir lieu, qui fut toujours si attentionnée pour nous et qui ne nous aura jamais montré aucune marque de fatigue pourra-t-elle nous amener à l'aéroport demain ?

Autant vous dire que nous serions heureux de pouvoir prendre quelques jours de vacances en Aveyron !